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LA REVUE DE PRESSE, la presse en parle26-06-2007

La gnraliste du quartier, engage mais fatigue - Photo cognard_0.jpg

La généraliste du quartier, engagée mais fatiguée

Une pile électrique dans le corps d’un Oiseau de bon augure. Sylvie Cognard Er Rhaimini ressemble à un cygne, sans cesse en mouvement. A 53 ans, elle est toujours prête a déployer ses ailes pour protéger ses patients, à tendre le cou pour mieux les écouter. « Elle prend son temps pour chaque consultation. Et même si elle est en retard, elle ne va pas aller plus vite... ». temoigne Nadia, secrétaire médicale du cabinet, qui loue sa « générosité ».
« Elle est bavarde», confirme Christelle Levêque. Dans la bouche de cette femme de 36 ans, c'est un compliment. Elle est soignée de puis l’âge de dix ans dans le Cabinet que partage Sylvie avec deux confrères, au pied d'un immeuble du quartier Verneau, a Angers « Elle ne s'est jamais trompée, elle sait écouter et ne nous envoie jamais paître. »
« Mon deuxième nom, c'est Madame en retard ». assume la principalle intéressée, Jupe et gilet noir, cheveux bruns et cours « Je refuse de prendre plus de trois patients par heure. On ne tombe pas malade par hasard ; c'est le résultat d'une histoire, d'un milieu, d'une culture. Le seul fait d’écouter un patient est un soin, un « prendre soin » », définit-elle joliment.
Son bureau, un univers confiné aux dimensions d'une chambre étudiants, accueille des histoires de vies chaotiques et devrais moments de bonheur. « Je teste l’envie de guérir. Dans guérir, il y a rire : une consultation est réussie quand on arrive à faire rire le patient », assure-t-elle.
Dans la Salle d’attente, Muriel Dubourg est une patiente qui ne s’impatiente pas. « Sylvie, je l’adore. Pour moi, c'est une amie. Elle est gentille, elle comprend les gens, leur donne de bons conseils. » Depuis 1988, Muriel vient de l'autre bout de la ville, en bus, pour consulter.

" Madame en retard " n'est pas arrivée dans ce quartier par hasard. Elle voulait « se rapprocher des plus démunis, de ceux qui souffrent ». Parmi sa «patientèle» - elle refuse le terme « clientèle » - 35% bénéficient de la Couverture médicale universelle, 30% sont suivis pour une affection de longue durée, seuls 10% règle le ticket modérateur. « Au départ, avec mes collègues, on avait presque honte de se faire payer. On est restés smicards pendant deux ans »
Elle revendique « un amour de la justice », qui se niche jusque dans le fonctionnement du cabinet. « Toutes nos recettes vont sur un seul compte. Une fois les charges payées, nous nous partageons le solde en parts égales. Aujourd'hui, je gagne bien ma vie. »

Il faut donc chercher ailleurs les raisons, qui l'ont poussée à programmer la fin de son activité de généraliste, fin 2007. Fâchée d'être « sans arrêt soupçonnée de pratiquer des « zabus », comme disent mes patients». Dépitée par le dossier Médical personnalisé qui réduit, selon elle, le malade à « une compilation de lettres de spécialistes, d'analyses et d'examens ». Lassée d'être payée à l’acte, alors qu'elle plaide pour un forfait a la personne. Usée par les réformes, plus axées sur les tarifs que sur les patients quand elle rêve de tout remettre à plat en réunissant usagers, soignants et financeurs autour d'une table.
Sous ses yeux rieurs, elle garde un infini sourire C'est peut-être pour le préserver qu'elle a décidé de prendre du recul. « Je ferai des vacations au centre IVG, à Médecins du monde, un peu d'enseignement. Et J'ai des projets d'écriture ». Histoire de donner une suite
à son livre-témoignage Toubib de la cité, malade du régime, qui vient de paraître ».
Mais pour l’instant, Sylve Cognard Er Rhaimini, carbure à plein régime. Pendant sa pause déjeuner, elle grignote un plat réchauffé ; mange une compote en commentant une radiographie ; enfourne une pomme en calant un rendez-vous, debout, avant de boire un café et de lire son courrier professionnel, une cigarette à la main. Déjà, les premiers rendez-vous de l'après-midi attendent Sylvie va s'immerger dans leur histoire. « En retour, mes patients me donnent leur confiance ».

Laurent BEAUVALLET.
Photo: Jean-Michel NIESTER.

Ouest-France


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